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Archives pour février 2007

L’agonie du géant

Interruption momentanée. Quand le quotidien prend le pas sur le récit et lui intime un silence illégitime. Quand le conteur se laisse engloutir par de fausses réalités et perd le recul indispensable. 

Mon retour en territoire Chinois fut à la fois banal et extraordinaire. Suite à ces quelques jours dans l’ordre relatif de Hong Kong, je retrouvai avec plaisir le chaos sympathique du Continent. Fascinant ce qu’une simple frontière sépare sans partage. Quelques pas d’un côté ou de l’autre et c’est tout un monde qui change. Sentiment déjà vécu au moment de passer le Rio Grande vers le Mexique. Quitter l’ordre sclérosé et l’antiseptisme dégénérant d’un empire dirigé par ses peurs pour aller vers la promesse chaotique de toutes les possibilités sans foi ni loi. Agonie d’un géant qui, impuissant, voit son frère se lever à l’Est et construire sa vigueur sur le fondement de ses propres vices exacerbés. 

Retour à Shanghai. Une dernière semaine pour me confondre dans l’illusion d’avoir conquis ce nouveau territoire. Ballades de quartier; des expériences qui deviennent habitudes et un quotidien rassurant qui s’immisce pernicieusement dans la trame de l’aventure. Ces derniers jours sont consacrés à consolider les acquis obtenus pour l’avancement de mon projet. Déjà un bilan veut se dresser mais il devra patienter. L’heure est à assurer la pérennité du bénéfice de mon passage. 

Mais les heures s’égraines et les images de l’autre monde, celui d’avant, se rappellent à mon souvenir comme autant d’attaches à ce pays qui m’a vu naître. Les pensées occultées pour survivre à l’éloignement reprennent déjà force de loi. 

Subir à nouveau le déchirement du temps et le transit du tube aérien dans les limbes de mon inconscient. Un dernier effort de trop pour le corps et pour l’esprit. Ultime déploiement de mes limites. Retards. Un avion manqué à Vancouver repousse le moment de l’arrivée et prolonge l’épreuve initiatique. Lorsque l’avion touche le sol de Montréal, cela fait plus de 25 heures que j’ai quitté Shanghai. Soulagé et hagard, je retrouve les miens. Les sentiments sont sincères et les accolades précieuses mais je demeure avec une impression de désincarnation. J’ai laissé une partie de moi-même dans cette autre dimension aux confins de l’esprit et du temps. 

Je retrouve le froid mordant  et la beauté du soleil de février. Quelques pas de patin avec ma fille pour amorcer la réconciliation et cicatriser la blessure béante du départ. Prendre le temps et accepter la lenteur des processus. Accueillir ma propre culpabilité. Je suis de retour chez moi. Alors comme un signal attendu, les limites s’effacent pour laisser paraître la vulnérabilité d’un corps et d’un esprit poussés à bout. Je sombre sans résistance et une lente purification s’amorce. Faire confiance à la vie. Accepter la mort. Renaître. 

Hong Kong la Magnifique

Mauvaise nuit dans un motel minable. Je quitte Shenzhen sans regret. Telle une adolescente qui aurait crût trop rapidement, cette ville me semble difforme et sans attrait. Elle porte la lourdeur et le chaos malsain des cités frontières. 

Mon arrivée sur Hong-Kong la Magnifique n’en est que plus remarquable : paysage de montagnes, verdure luxuriante, floraisons éternelles. Le train de banlieue fend l’oasis et fonce sur la péninsule qui pointe la cité insulaire. Prochain arrêt : Mong-Ko
k. Ami de ma sœur et résident de l’île, David m’y attend patiemment, le plâtre au bras et la canne à la main. D’origine Française, il a élu domicile en l’ancienne colonie Britannique. Il y partage son quotidien avec Kate, charmante compagne native du lieu. 

Mon guide m’initie rapidement aux us et coutumes locales et nous commençons par une visite du quartier. La densité me presse et me confond dans l’activité fébrile de Hong Kong au quotidien. Plus habitué à deviner et à ressentir les lieux visités, je constate rapidement ma chance de pouvoir profiter des balades éclairées de mon guide : histoire, coutumes locales, langage, anecdotes; l’expérience est totale et le touriste ravit. 

Visite des quartiers chauds de la pointe  péninsulaire en chasse de la chambre où je passerai ma première nuit. Course folle dans Chung King Mansion, énorme complexe d’habitation glauque et délabré où s’entassent les voyageurs fauchés et les putes paumées. Étrange mélange ethnique à prédominance indienne. Souvenirs de Belize… 

Mon choix tombe finalement sur le très chic Kyoto Guest House tenu par la sympathique Mme Kam. Peu convaincu de la salubrité des lieux, je suis néanmoins soulagé de poser ce sac qui me tire vers le sol. 

Climat impeccable pour ma visite de ce petit paradis urbain. Hong Kong offre un bel équilibre entre ville et nature. Montagnes et bosquets ayants restreint l’étalement urbain, la cité a crût en densité et s’étale sur la mer. Les
kilomètres de montagnes et les mètres de plage sont accessibles par un réseau de transport en commun redoutable d’efficacité. Lorsque la mégapole menace de vous engloutir, la nature tout près vous tend les bras. 

Une balade sur le dos du dragon(Dragon’s back trail) et un repas sur la plage de Shek-O me font comprendre tout l’attrait de ce lieu magnifique, carrefour Asiatique à l’accent Britannique. 

Je savoure les Dim-Sum du dimanche en compagnie de mes hôtes, tradition locale et plaisirs de la table. Quelques balades en solitaire me font découvrir le cœur de la ville sur l’eau. Je déambule stupéfait dans la multitude joyeuse des aides ménagères Philippines. Rassemblées en ce jour de congé hebdomadaire, elles occupent le centre de la cité, comme pour rappeler qu’elles sont sans foyer et sans famille. 

Une visite au Pic qui surplombe la ville illuminée. Vue imprenable sur cette cité de lumière qui bouffe les
kilowatts sans répit. Une dernière nuit chez David et Kate qui m’héberge généreusement. Amitié naissante et retour espéré. 

Je repars vers Shanghai et le froid. Quelques jours encore avant le saut trans-océanique du retour… 

Pour voir les photos liés à cet article, suivre le lien  »Hong Kong »  >>>

Le potier serein

Après le métal, le verre et la pierre; je pénètre au royaume de la céramique. 

Ce nouveau trajet vers le sud nous mène vers la ville de Chaouzhou, près de Shantou dans le nord de la province du Guangdong. À ma sortie de l’avion, je réalise que ces deux petites heures de vol vers le sud ont passablement changés la donne météorologique. D’un pénible hiver Londonien, je passe à un suave printemps Montréalais. Exaltation printanière! Je retire enfin ce couvre-chef que je portais nuit et jour depuis mon arrivée. Fugace pensée pour mes proches qui comptent les degrés sous zéro. 

C’est dans ce renouveau estival que nous visitons les installations du fournisseur qui fabrique le corps de mon concept. Je suis heureux de constater qu’il s’agit d’une petite entreprise familiale portée par le savoir faire du père, le dévouement de la mère et la présence novatrice des deux enfants. De cette fabrique se dégage un sentiment de sérénité et de concentration que je n’avais encore rencontré jusqu’ici. Travail minutieux, artisanat Zen, le potier façonne une à une les anses qui embrasseront la théière galbée. Les fleurs de l’assiette sont peintes à la main, sans fin, sans chagrin. 

Mon produit n’est pas parfait et ma présence sur place nous aide à clarifier les besoins et à identifier ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. La forme demandée est ambitieuse et pousse l’artisan au meilleur de son art. Des solutions sont avancées et de nouveaux objectifs sont fixés. L’entreprise reste dévouée malgré la lenteur du processus et les modifications fréquentes. Le thé est bon… Pressé par le temps, Wang Zi Yu doit reprendre la direction de Shantou afin d’y attraper son vol de retour au bercail. Je reste une nuit à Chaouzhou avant de poursuivre ma route vers le sud. Je fais le trajet vers l’hôtel à dos de moto et j’expérimente le chaos ordonné de la circulation Chinoise; valse folle, ballet motorisée dans un nuage de poussière d’essence. 

Si le jour est confortable, la nuit est fraîche et ma chambre non chauffée. Je me surprends à chasser l’humidité et la froidure armé… d’un séchoir à cheveux. Départ tardif et mauvaise communication me font manquer mon bus matinal vers Hong Kong. Ces quelques heures de plus à Chaouzhou me permettent de découvrir cette petite ville qui déjà m’est sympathique. Si la céramique est source de fierté autochtone, la bouffe et le thé sont fleurons que l’on ne saurait négliger. Je passe un long moment dans une magnifique boutique de thés et poursuis mon apprentissage du noble breuvage. Je goûte ensuite la réputée cuisine locale, chaudement recommandée par Zi Yu. J’en garde un excellent souvenir. 

Un bus, sept heures de trajet. La nuite est tombée et me voilà à Shenzen, ville de tous les carrefours. Demain je passe la frontière pour me rendre à Hong Kong… 

Pour voir les photos liées à cet article, suivre le lien ‘’Céramique City’’ >>>

Vous pouvez également consulter ‘’La carte de mes trajets’’ >>>



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